ARTICLES DE PRESSE

LE NOUVEL ASSOMMOIR


Terrenoire

Cet éditeur lyonnais explore le malaise contemporain et retourne marteau et faucille dans la face ramollie de ses pères : la génération 68. Terre Noire, ou comment éditer la révolte.

Conduites par Lionel Tran, les éditions Terre Noire ont participé dans les années 90 au mouvement qu'il est convenu aujourd'hui de qualifier d'indépendant, publiant entre autre la revue Hard Luck, ainsi que la collection Losers qui réunit une flopée de mini-livres vénéneux, autant de concentrés de désespoir. Mais depuis deux ans, les éditions Terre Noire ont fait leur révolution interne : abandonnant définitivement I’ autoroute encombrée de I’ édition indé, prenant actes de la précarité sociale, elles occupent la marge, avec force et en connaissance de cause. Sur la base de quelques refus (refus de la course au beau livre, de la diffusion professionnelle, de la prétention carriériste), et de quelques principes tels que le contrôle total de la chaîne du livre, l'exploration décomplexée des névroses sociales et intimes, l'ouverture a toutes les formes d'expression graphique et littéraire, la mise en avant d'une esthétique hard-discount doublée d'un discours social et générationnel virulent, on peut dire tout simplement qu'elles viennent de réinventer l’autoédition. A raison de 15 livres par an, elles sont en train de construire un catalogue impressionnant, autour d'auteurs comme Valérie Berge, Lionel Tran, Ambre, Benjamin Monti, Lucas Méthé, Ivan Brun, JM Bertoyas... La démarche atteint son paroxysme dans la collection No Présent pratiquant le détournement pour exprimer les colères, les dou­leurs anonymes et les luttes souterraines (Manuel de prostitution sociale, Chroniques de la guerre économique, être pauvre, et publiés tout récemment  Le miroir des psychoses, Gérontocratia). Enfin, Terre Noire prépare une série de films documentaires avec Pakito Bolino, et proposera un document sur la salle underground de Marseille, I'Embobineuse, où se déroulait le Festival : Art et Terrorisme, avec Jean-Louis Costes, et un document sur le dixième et dernier Festival BD Plouc de Fillols. Leur site Internet contient de larges extraits des oeuvres, et un forum vivant, corsé, et fort bien fré­quenté : www.editionsterrenoire.com.
                   

    En janvier 2005, JC Menu s'interrogeait dans Plates­Bandes sur la part d' irrécupérabilité que les indépendants se devaient de cultiver pour survivre au mar­ché. Pendant ce temps, Terre Noire piochait à mains nues.

Benoit Jahan

 

Retour aux articles